Topes de Collantes : Caburni ou El Nicho

Quand on fait un séjour à Cuba et qu’on commence à s’intéresser un peu à son histoire, il ne faut pas longtemps avant de s’imaginer en guérilleros à arpenter la jungle, comme pour revivre l’époque glorieuse de la Révolution (en tout cas, c’est comme ça qu’elle est présentée là-bas). Pourtant, on ne s’aventure pas aussi facilement dans les zones sauvages de Cuba. Le grand Parc National de Topes de Collantes, situé dans le massif de l’Escambray, offre cette possibilité le temps de quelques heures, mais n’espérez pas y camper. Il s’agit d’une réserve naturelle, qui a certes accueilli les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires en leur temps respectifs, mais qui est depuis une zone préservée. L’idéal pour la découvrir est donc d’y faire une excursion le temps d’une journée, et pour cela, plusieurs options existent.

De Trinidad à Caburni

Le parc de Topes de Collantes se trouve aux portes de la ville de Trinidad, l’une des plus belles villes de l’île. C’est de là que je suis parti à la rencontre d’El Salto del Caburni, en passant par une des agences de voyage du pays, à savoir Cubanatur, dont les bureaux sont situés en plein centre de Trinidad. En pleine saison, il faut parfois s’y prendre à l’avance pour réserver ce type d’excursion, mais je n’ai eu pour ma part aucun mal à réserver la veille du jour où je souhaitais effectuer la balade. C’est donc le lendemain que j’ai rejoint mon groupe d’une douzaine de personnes devant les bureaux de Cubanatur, à 8h45, pour partir vers le massif de l’Escambray. L’excursion est encadrée par un guide et on rejoint la jungle à l’aide d’un camion russe à la peinture camouflage noire, verte et jaune. Déjà ça, ça en jette !

Notre petite troupe prend place à l’arrière du camion et celui-ci se met bientôt en route en vrombissant, nous emmenant à toutes vitesses sur les petites routes cubaines, cheveux aux vents. Si la bâche qui recouvre le camion nous protège du soleil et de la pluie éventuelle, il ne nous protège pas du vent, mais ça n’est pas bien grave : il fait déjà chaud en cette matinée de juillet et le vent qui vient fouetter nos visages étant le bienvenu. Ce mode de transport est, du coup, particulièrement rigolo (note au voyageur : ne jamais sous-estimer l’aspect ludique d’un mode de transport).

Au programme de la journée : un arrêt à un mirador, pour admirer un panorama, un autre au centre d’information du parc naturel, puis chez un producteur de café et enfin, l’excursion proprement dite dans le parc, jusqu’à la cascade de Caburni. C’est le soucis de ce type de voyage organisé ; on est forcé de faire plusieurs arrêts avant d’aller vers celui qui nous intéresse vraiment. Je passe d’ailleurs sur ces différents arrêts. Si le panorama était sympathique, l’arrêt au centre d’information n’était qu’une formalité pour s’acquitter du droit d’entrée du parc, et celle chez le producteur de café était tout aussi anecdotique.

La cascade de Caburni

L’agence nous avait mis en garde : Caburni serait l’excursion la plus difficile de leur catalogue. L’équipement recommandé comprenait des vêtements confortables, de bonnes chaussures et de l’eau en suffisance. ça n’avait pas suffit à m’inquiéter. Même si je ne suis pas particulièrement sportif, j’aime marcher, même sur de longues distances. D’autres personnes de mon groupe étaient encore moins inquiètes, puisqu’elles ne portaient que de simples sandalettes.

Pour l’anecdote, je pense que c’est ce qui a motivé notre guide à nous proposer de laisser Caburni de côté pour se rabattre sur la chute de Vegas Grande. Il a fait un sondage à main levé et, si la majorité de la troupe était prête à changer le programme de la journée, j’ai joué aux troubles fêtes et j’ai tenu à garder Caburni au menu. ça va valu quelques regards interloqués. Il faut dire que, sur le papier, la chute de Vegas Grande avait tout pour plaire : le chemin pour y accéder est deux fois moins long que celui pour aller jusqu’à celle de Caburni (3 kilomètres contre 7) d’après les photos, elle est tout aussi belle, voire plus. Mais les différentes personnes rencontrées à Trinidad m’ont dit beaucoup de bien de Caburni et je préfère leur faire confiance, quitte à m’attirer les foudres de mon groupe.

Le camion nous amène donc directement aux abords d’un sentier menant à la cascade. Un panneau indique un parcours de 45 minutes. Rétrospectivement, j’appellerai cette excursion la Promenade de l’Enfer (ou de la Mort – les traductions divergent) et je me maudirai plus d’une fois de ne pas m’être fondu dans la masse pour partir vers Vegas Grande.


Difficulté : 4/5 | Moustiques : 4/5 | Sueur : 10/5

Si le sentier est bien aménagé, nous n’en pénétrons pas moins dans la jungle et les moustiques y sont sans aucun doute plus nombreux qu’ailleurs. Pour parvenir à la chute proprement dite, il suffit quasiment toujours de descendre. Ça n’a rien de sorcier en soit et, si certains passages sont un peu plus techniques, c’est à la portée du plus grand nombre (nous croisons d’ailleurs plusieurs familles comprenant des enfants).


Des fleurs, des oiseaux et des lézards nous font faire quelques arrêts en cours de route, pour n’arriver un bas qu’après une heure de marche. D’un côté, c’est la cascade de Caburni et ses 64 mètres de hauteur qui s’offrent à nous, et de l’autre, une piscine naturelle dans laquelle il est possible de se baigner.

Je joue un peu de malchance car si le mois de juillet marque habituellement le début de la saison des pluies à Cuba, les précipitations se sont assez timides jusque là. On ne peut pas vraiment parler de sécheresse, mais on observant la fameuse chute d’eau de Caburni, on peut se demander si on en est loin. La masse rocheuse contre laquelle les trombes d’eau sont censés se briser ne reçoit qu’un mince filet d’eau, très discret. Dire que c’est censé être l’une des plus hautes cascades des Caraïbes ! Le paysage dans lequel elle s’inscrit reste magnifique, avec cette immense masse rocheuse perdue dans le cadre verdoyant de Topes de Collantes, mais ça reste un peu dommage. Tant pis, nous nous rabattons sur la piscine naturelle.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept, la piscine naturelle est un bassin dans lequel vient s’écouler l’eau de la cascade. Nous ne sommes pas le premier groupe à y arriver mais il y a de la place en suffisance pour que tout le monde enfile son maillot de bain. Mais peu nombreux sont ceux qui vont réellement dans l’eau. Pourquoi ? Je ne me pose pas la question et y rentre jusqu’aux cuisses. Elle est froide ! Je ne me serai jamais attendu à trouver une eau aussi froide à Cuba ! La seule autre étendue d’eau dans laquelle j’ai mis les pieds jusque là était la mer de Cayo Levisa… bonjour le contraste ! La température extérieure étant de plus en plus élevée, y tremper les pieds reste agréable, mais je n’ai pas le courage d’y plonger carrément.

Nous restons là durant un peu moins d’une heure, avant qu’il ne soit temps de reprendre le chemin pour retourner au camion. Plus facile à dire qu’à faire ! Il faut à présent remonter tout ce que nous avons descendu à l’aller ! C’est là que l’épreuve physique commence réellement, celle qui va nous coûter littéralement des litres de sueur. Ça grimpe encore et toujours, sans jamais vouloir s’arrêter. Notre groupe s’étiole en cours de route, en fonction du rythme de chacun. Le bonheur (ou le soulagement) de revenir enfin à notre point de départ se lit sur les visages.

Chacun reprend son souffle tandis que les derniers membres du groupe remontent à leur tour, et le camion peut nous emmener manger. Il est 15h. On peut s’interroger sur le planning de cette excursion, qui nous aurait sans doute laissé moins sur le carreau si nous avions directement été au site de Caburni. Nous aurions ainsi pu manger plus tôt et faire les autres arrêts, au mirador et chez le producteur de café, sur la route du retour. Soit.

Vous l’aurez compris en lisant mon récit, l’excursion jusqu’à la chute de Caburni n’a pas vraiment tenu toutes ses promesses. La cascade était décevante en l’état et il n’y avait que la piscine naturelle pour relever le niveau. Le cadre de la balade était par contre vraiment à la hauteur, et j’avais le morceau Welcome To The Jungle des Gun’s N’Roses dans la tête pendant presque toute la descente. Pour remonter, j’étais par contre trop occupé à cracher mes poumons pour chantonner. Le dénivelé est vraiment important et il ne faut pas espérer atteindre le parking en moins d’une heure. Je plains ceux qui n’ont pas pris les recommandations de l’agence au sérieux et n’ont pas emporté suffisamment d’eau avec eux.

L’alternative : El Nicho

Cette Promenade de l’enfer ne m’a pas découragé et j’ai à nouveau été tenté d’explorer davantage le parc de Topes de Collantes quand je suis arrivé, bien plus tard dans mon voyage, à Cienfuegos. Il était en effet possible de rejoindre le site de El Nicho depuis là et, plutôt que de passer à nouveau par une agence de voyage, j’ai choisi de m’y rendre par mes propres moyens. La distance à parcourir depuis Cienfuegos étant quand même importante (comptez une heure de trajet), j’ai choisi de prendre un taxi réservé auprès des propriétaires de ma casa particulare. J’aurais également pu le réserver auprès d’Infotur, l’office de tourisme local, mais j’espérais ainsi obtenir un meilleur prix pour la course. Le jour J, une vieille voiture russe m’attendait à l’heure dite sur le pas de la porte. J’ai juste eu le temps de chercher une ceinture de sécurité, en vain, avant qu’il ne se mette en route.


Peu à peu, les hauteurs de Topes de Collantes se dessinent à l’horizon. Comme avec l’agence de voyage de Trinidad, le taxi me propose de faire une courte halte à un panorama avant d’arriver au parc en lui-même. L’initiative est sympathique, même si la brume matinale s’est invitée au programme. Il ne faut pas longtemps pour arriver ensuite sur le parking à l’entrée du parc. Je descends du taxi et le chauffeur m’indique qu’il va m’attendre là jusqu’à mon retour. Je m’éloigne du véhicule, peu rassuré. Si je pars pendant trois heures, va-t-il réellement m’attendre ?

En plus du coût du taxi, je dois aussi régler en plus le ticket d’entrée au parc, là où il était compris dans l’excursion à El Salto del Caburni. Je m’apprête ensuite à entrer dans la jungle mais on me fait tout de suite comprendre que ce n’est pas si simple. Je dois attendre qu’un guide ne vienne me chercher. Un groupe de visiteurs bigarré se forme peu à peu, composés à la fois de touristes de voyages organisés et de touristes qui sont, comme moi, venus seuls.

Le panneau à l’entrée du parc annonce un sentier de deux kilomètres au total, pour lesquels il faut compter deux heures de marche, dont la difficulté serait « Baja ». Sur le coup, mon niveau d’espagnol ne me permet pas de savoir à quoi m’attendre, mais quand la promenade commence, je comprends que ça va être du gâteau. Le chemin est tout à fait plat, bien aménagé… On est loin de la jungle sauvage de Caburni. La guide présente brièvement les fleurs et plantes qui jalonnent le sentier. Saviez-vous qu’il y a un arbre dont l’écorce se fend pour laisser apparaître un tronc rougeâtre ? Les Cubains l’appellent l’arbre à touristes, en référence aux touristes qui vont sur la plage et en reviennent avec des coups de soleil.

Après un premier bassin dans lequel des familles se jettent allègrement, nous tombons nez à nez avec la cascade d’El Nicho, toute en hauteur, ses flots venant s’écraser sur des rochers en contrebas. De fait, elle correspond bien plus au canon de la cascade que celle de Caburni.




Quelques marches de plus nous mènent au sommet de la cascade, auprès de la piscine naturelle à partir de laquelle s’écoule la cascade. L’endroit est magnifique, plongé dans le soleil, et même si l’eau y est tout aussi froide qu’à El Caburni, j’y plonge cette fois complètement pour vivre l’expérience pleinement. A la sortie, la température ambiante permet heureusement de se réchauffer et de sécher rapidement. La guide nous encourage à continuer vers le point de vue, un peu plus haut, avant de redescendre et de revenir au premier bassin pour nous baigner à nouveau si l’envie nous en prend. Le point de vue en question permet en théorie de contempler le seul lac de l’île à s’étendre entre deux montagnes. Mais comme à Caburni, la saison des pluies n’ayant pas encore fait des siennes, le lac est encore asséché et il n’y a pas grand-chose à voir.

Après un arrêt au premier bassin, dans lequel je ne me baignerais pas (une fois, ça suffit largement), je retourne sur le parking où mon chauffeur m’a bien attendu, comme promis.

Au final, El Nicho présente bien des similitudes avec Caburni. Si la différence majeure se situe dans la difficulté d’accès, inexistante à El Nicho, je trouve aussi ce dernier site un peu plus beau, certes moins sauvage, mais avec une cascade impressionnante et une piscine à l’eau cristalline plus agréable. Il y a certes beaucoup de monde mais le site se présente de telle manière que la vingtaine de touristes qui y sont rassemblés peuvent se déplacer sans peine et aller dans l’eau sans se gêner mutuellement. Vous l’aurez compris, à choisir entre les deux, c’est à El Nicho que je retournerai.

Et vous, avez-vous fait un tour dans Topes de Collantes ?

INFOS PRATIQUES
L’excursion proposée par Cubanatur pour rejoindre Caburni depuis Trinidad coûte une trentaine d’euros et comprend l’entrée dans le parc et un repas. Il faut compter à peu près la même somme pour prendre un taxi de Cienfuegos à El Nicho, mais le prix de l’entrée au parc n’est pas compris (pas plus qu’un repas).
Une excursion proposée par Cubanacan permet de faire le trajet entre Cienfuegos et Trinidad en s’arrêtant quelques heures dans le parc (44 CUC par personne, déjeuner compris).
Prix de l’entrée dans le parc si on y va sans agence de voyage : généralement autour de 10 CUC (pareil en euros).

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