Faut-il aller à Santiago de Cuba ?

A l’extrême Est de l’île de Cuba, à l’opposé de La Havane, se trouve Santiago de Cuba. L’autre Santiago pourrait-on dire, puisqu’on pense généralement à Santiago du Chili avant Santiago de Cuba. Située de par sa situation géographique à l’écart des circuits touristiques, Santiago n’en est pas moins la deuxième ville de Cuba, ce qui suffit pour se demander si elle ne mérite pas qu’on fasse le détour pour la visiter.

Santiago est très différente de La Havane ou de Trinidad, pour ne prendre que les villes les plus connues de Cuba. Il y fait plus chaud qu’ailleurs sur l’île, le thermomètre n’hésitant pas à dépasser les quarante degrés, et sa topographie achève de la rendre unique. Santiago est en effet au fond d’une cuvette, entourée de montagnes, sauf d’un côté, celui qui mène à la mer. De fait, elle est construite toute en dénivelée, un peu à la manière de San Francisco.

Comment aller jusqu’à Santiago ?

Il faut savoir qu’aller à Santiago de Cuba peut vite tourner au cauchemar. D’abord parce que la ville se trouve de l’autre côté de l’île par rapport à La Havane, et comme la plupart des touristes arrivent à La Havane, il faut donc traverser le pays pour y arriver. Et l’état des routes de Cuba, notamment pour aller vers l’est, n’a rien de très reluisant… Non seulement il n’y a pas d’autoroute, mais les nationales sont pleines de nids de poules. On met donc des heures pour franchir cette épreuve.

Un grand classique est de prendre le bus de nuit, qui part de La Havane et traverse l’ensemble du pays, en passant par Trinidad, pour arriver à Santiago au petit matin. Mais en période de Carnaval par exemple, les bus réguliers sont rapidement pleins et il faut réserver son ticket plusieurs jours à l’avance pour pouvoir embarquer. Ajoutez à cela du bruit, de l’air conditionné qui tourne à plein régime et seize heures de trajet et vous avouerez que le bus de nuit n’est pas spécialement séduisant.

Pour ma part, j’étais déjà à Trinidad et je n’avais même pas le courage de faire le trajet de douze heures jusqu’à Santiago. Pour couper le trajet en deux, j’ai fait le choix de m’arrêter à Camagüey, la ville des églises, à peu près à mi-chemin entre Trinidad et Santiago. Par contre, comme je n’avais pas réservé mon ticket de bus Camagüey-Santiago à l’avance, j’ai dû rester à Camagüey un jour de plus. Pour ne pas vivre la même mésaventure, vous savez ce qu’il vous reste à faire… Sachez enfin que la gare de bus ne se trouve pas dans le centre de Santiago et qu’il faut forcément prendre un taxi pour le rejoindre.

Si je n’ai rencontré personne qui ai fait le trajet en taxi collectivo, c’est tout à fait possible, puisque je l’ai fait pour repartir de Santiago. ça coûte par contre toujours plus cher que le bus.

J’ai aussi rencontré des voyageurs qui, après avoir atterri à La Havane avec leur vol Air France, avaient directement pris un vol interne, proposé par la compagnie nationale Cubana de Aviación, pour aller jusqu’à Santiago. Un moyen rapide de faire le trajet et relativement peu onéreux selon le moment où on le réserve, mais qui peut faire peur : ces mêmes voyageurs m’expliquaient avoir découvert des rangées entières de sièges condamnés dans l’avion car déboulonnés ou en très mauvais état. Si on entend rarement parler de crash d’avion à Cuba, ça ne rassure pas forcément quant à la sécurité de ce moyen de transport sur l’île.

Que faire à Santiago de Cuba ?

C’est la première question à se poser. J’avais d’abord prévu de passer quatre jours à Santiago, sur base des indications de mon guide de voyage. Sur place, à part quelques musées, il faut bien reconnaître qu’on est loin de ce que peut offrir La Havane, par exemple. J’ai donc pris la direction de l’office de tourisme (les fameux bureaux Infotur) et je n’y ai pas trouvé mon bonheur : s’il y a des excursions à faire hors de Santiago (la plus intéressante concerne la Sierra Maestra et un gros rocher plat), elles sont assez coûteuses. En effet, Santiago n’ayant pas le flux touristique de La Havane ou de Trinidad, il faut utiliser un taxi privé plutôt qu’un bus, et le prix s’en ressent fortement.

J’ai donc renoncé aux excursions en réduisant mon séjour à deux jours à Santiago, pour découvrir la ville. L’autre solution aurait été de louer une voiture pour pouvoir explorer les alentours, mais ça ne faisait pas vraiment partie de mes plans.

J’ai donc commencé par parcourir la ville à pied, jusqu’à arriver en son centre, la place Cespedès. C’est de là qu’on peut avoir une assez jolie vue panoramique sur Santiago de Cuba, en montant au sommet de l’hôtel CasaGranda. La terrasse de l’hôtel surplombe en effet presque la cathédrale. Encore une fois, Santiago étant une ville très vallonnée, les points de vue sont multiples. Mon guide recommandait aussi le balcon de Vélasquez par exemple. Si l’accès à ce dernier est gratuit, il faut par contre payer pour y prendre des photos.


Je l’ai dit, Santiago compte plusieurs musées. Je précise quand même que la muséographie à Cuba, de manière générale, est assez datée, voire complètement poussiéreuse. ça explique peut-être pourquoi j’ai eu du mal à être motivé par l’inévitable Musée de la Révolution (qui met en lumière la figure locale de Frank Pais) ou encore la caserne Moncada, ancienne caserne militaire contre laquelle Fidel Castro a lancé la première attaque révolutionnaire, le matin du 26 juillet 1953. A faire si c’est l’Histoire de Cuba qui vous intéresse.

J’étais par contre assez intrigué par le Musée du Rhum (Museo del Ron), qui revient sur la manière dont l’empire du rhum s’est développé à Cuba et en particulier à Santiago. La visite n’est malheureusement pas très longue et tout est en espagnol, sans visite guidée. Elle se termine par une dégustation, à consommer avec modération vu la chaleur qui règne en journée. Au passage, j’ai failli confondre le Musée du Rhum avec le Musée Bacardi, dont les collections n’ont rien à voir avec le rhum. Elles rassemblent en fait de nombreuses pièces archéologiques qu’avait acquis le fondateur du rhum Bacardi (momies péruviennes et égyptiennes, peintures cubaines datant de la colonisation…) ce qui est loin d’être inintéressant. Le Musée Bacardi est aussi le plus vieux musée Cubain.

Je n’ai pas visité la demeure de Diego Velãsquez, pourtant recommandée par mon guide, pas plus que le musée du carnaval, puisque je pouvais le voir en vrai. De manière un peu étonnante, l’office de tourisme ne m’a pas non plus conseillé d’aller voir le cimetière Santa Ifigenia où sont enterrés entre autres José Marti et Fidel Castro, alors qu’il me semble que c’est quand même un lieu qui doit drainer un certain public (l’entrée et la prise de photos y sont payantes).

Le Carnaval de Santiago de Cuba

C’est d’après moi la principale raison de venir à Santiago de Cuba. Attention, si vous êtes déjà allé à Rio, vous risquez d’être déçus, mais sinon, le Carnaval fait indubitablement son petit effet. Le Carnaval de Santiago dure une dizaine de jours durant lesquels s’enchaînent chaque soir les défilés le long du port et les festivités un peu partout dans la ville.

Durant les jours qui précédent le carnaval a lieu le Carnaval infantil, le carnaval des enfants, qui permets aux enfants de défiler à la manière des grands. Je suis arrivé à Cuba le dernier jour du carnaval des enfants et j’avoue que ça mettait déjà bien dans l’ambiance, entre stands de jeux, de nourriture ou de faux tatouages d’un côté, et de l’autre les chars des enfants et les différentes troupes déguisées.

C’est toujours sur l’avenue qui longe le port, le Malecõn, que se tient le “vrai” carnaval de Santiago de Cuba. Attention, n’espérez pas y assister dans de bonnes conditions sans acheter au préalable vos billets chez Infotur ou dans une agence de voyage. Ces billets (5 CUC par personne) donnent accès aux tribunes pour touristes (il y en a d’autres, réservées aux Cubains). Sur place, j’ai dû un peu chercher comment accéder aux tribunes, le point de rendez-vous d’Infotur (que je leur avais pourtant fait indiquer sur un plan !) n’étant pas du tout exact.

J’ai assisté au premier soir du Carnaval, l’ouverture durant laquelle toutes les compagnies défilent les unes après les autres. Je suis arrivé à 21h et je suis reparti à minuit et demi. Le Carnaval n’était alors toujours pas terminé mais j’avais déjà eu droit à un petit feu d’artifice, à plusieurs chars comptant leurs lots de fleurs, de décorations colorées et de danseuses savamment dénudées, à quelques ensembles musicaux et à pas mal de groupes costumés.

Dans les tribunes, j’aurais aussi eu ma dose de spectacle, comme cette scène surréaliste d’un ancien boxeur cubain apposant ses mains sur le ventre d’une Française pour l’aider à digérer, avant de la faire sauter sur place et lui donner à boire un breuvage inconnu (du rhum pur ?).

Plutôt que de rester dans les tribunes, j’aurais pu aussi choisir d’être à quelques centimètres du défilé, sur la route, puisqu’un organisateur m’a offert la possibilité de rejoindre les photographes professionnels au niveau de la rue, à côté des groupes et des chars, moyennant 10 CUC supplémentaires par personne. Une autre manière de profiter du carnaval et un must pour tout amoureux de photo.


Dernière chose à savoir, si le défilé du Carnaval passe par le port, les festivités envahissent, elles, un bon nombre de quartiers de la ville. Quand je suis rentré à ma casa, passé 1h du matin, les alentours résonnaient comme l’intérieur d’une discothèque. C’était même encore le cas le lendemain matin, quand je me suis réveillé, après une nuit passée avec mes boules Quies dans les oreilles !

Les sollicitations de rue à Santiago de Cuba

Les touristes sont très souvent sollicités en rue à Cuba. On m’a approché pour avoir un stylo, du savon, quand ce n’était pas purement et simplement pour quelques pièces. La vie n’est pas toujours facile pour les Cubains, c’est en fait. Il est courant, à La Havane, de se faire demander si on cherche un taxi ou un bici-taxi (au moindre coin de rue, de mon expérience). A Viñales, il suffit de se promener avec sa valise pour que le propriétaire d’une casa sur deux (et donc d’une habitation sur deux) vous propose de vous héberger. Le tout est parfois un peu usant et a eu tendance à créer une distance entre les Cubains et moi, comme si je redoutais que chaque interaction ne soit jamais désintéressé (ça ne m’a heureusement pas empêché de faire de très belles rencontres). Cette sensation s’est retrouvé à son paroxysme à Santiago de Cuba.

Entre le Cubain qui veut vous servir de guide à travers la ville, celui qui insiste pour vous emmener faire un tour de la ville en bici-taxi ou encore celui qui tente par tous les moyens de vous emmener au restaurant de son beau-frère, il y a de quoi devenir fou. Au centre-ville, sur la place Cespedès, face à la Cathédrale, on trouve de nombreux rabatteurs qui vous propose des cartes Internet, des taxis ou encore des visites guidées. Près du port, ce sont des cigares sous le manteau qu’on a essayé de me vendre. En fait, ça n’arrête jamais. Et particularité de Santiago de Cuba, ces solliciteurs de rue sont nombreux à parler le français, ce qui m’a permis de réaliser qu’il est bien plus difficile de se défaire de ce type de démarcheur quand il n’y a plus la barrière de la langue derrière laquelle se retrancher.

J’ai donc vécu le départ de Santiago de Cuba comme un véritable soulagement. Non seulement je n’ai pas été convaincu par la ville, mais j’ai trouvé ces sollicitations particulièrement pesantes sur mes nerfs, clairement pas le genre de chose que je recherche en vacances. Ma route m’a ensuite conduit à Santa Clara, petite ville beaucoup plus paisible ou je n’ai pas été sollicité une seule fois en rue ! J’ai eu l’impression de quitter l’enfer pour le paradis, et j’exagère à peine.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller lire mon récit de voyage “Looking for Fidel : un voyage à Cuba“, en accès libre sur Wattpad.

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