Un jour à Grignan

Cher lecteur, chère lectrice,

Je vous envoie cette missive depuis la cité de Grignan, dans la Drôme Provençale, où mes pas m’ont mené par une belle journée d’été. L’odeur des champs de lavande m’accompagnait encore quand j’ai aperçu, au loin, la silhouette du château de Grignan, perché au sommet de sa colline. Un véritable paysage de carte postale… Je ne savais pas encore qu’en allant vers ce château, je partais non seulement à la rencontre de l’Histoire mais j’étais aussi sur le point de tomber au milieu de nombreux autres récits…

A l’assaut du château de Grignan

A l’origine simple fortification, le château de Grignan devient une forteresse au 13e siècle sous l’impulsion de la famille d’Adhémar, famille dont on retrouve l’influence un peu partout dans la région, du village de la Garde-Adhémar au Château des Adhémar à Montélimar. Après quelques réaménagements, il devient au 16e siècle le plus grand château Renaissance du sud-est de la France. En soit, c’était suffisant pour piquer ma curiosité.

Grignan était une des nombreuses étapes de mon roadtrip dans la Drôme et c’est donc en voiture que j’y suis arrivé, pour immédiatement chercher à me garer. Si j’avais jusque-là eu beaucoup de chance dans les différents village de la Drôme, les choses se sont compliquées aux abords du château et j’ai dû chercher plus longtemps que de coutume pour trouver une place. Sur le coup, je me suis dit que tout le monde s’était donné rendez-vous au château en ce début d’été…

Pour parvenir aux portes du château de Grignan, il faut grimper quelques ruelles pavées sympathiques, étroites et fleuries, comme autant de couloirs du temps qui vous ramènent au Moyen-Âge ou à la Renaissance. Je traverse momentanément la cour du château, que je découvre envahie d’une scène et d’estrades, de nombreux spectacles y étant donnés durant les mois de juillet-août (pensez à réserver à l’avance si vous souhaitez assister à ces fêtes nocturnes). Puis vient enfin le début de la visite.

Si l’extérieur le laissait deviner, l’intérieur le confirme : le Château est parfaitement conservé, au point qu’il semble avoir été bâti hier. Rien d’étonnant puisqu’il fut démantelé à la Révolution avant d’être parfaitement reconstruit au début du 20e siècle. Du rez-de-chaussé, on monte aux étages pour découvrir les différents espaces : de la cuisine réservée aux serviteurs aux différents salons et chambres, tout est décoré avec des meubles et peintures d’époque. J’ai notamment été soufflé en fin de visite par la Galerie des Adhémar où on imagine sans mal les réceptions dans le faste d’antan.

Mais Grignan, ce ne sont pas que murs ou des meubles. Le Château a aussi accueilli une figure littéraire particulièrement importante. Ainsi, au 17e siècle, le comte de Grignan épouse Françoise Marguerite de Sévigné, fille de la Marquise de Sévigné. La séparation de la mère, restée à Paris, et de la fille nous a valu la plus grande partie de la correspondance de Madame de Sévigné. Au travers de ces lettres, on peut trouver la description des hommes et des choses de son époque, et ce fut la publication de cette correspondance qui rendirent la marquise célèbre. Elle fit en outre plusieurs séjours au château, avant d’y mourir en 1696.

François Ier visita également le château brièvement, pour n’y rester qu’une seule nuit, alors qu’on avait préparé sa venue en grande pompe. Ce type d’anecdote, le château en est plein et j’ai apprécié de trouver des guides avec qui échanger et poser des questions sur place. J’ai ensuite quitté la fraîcheur de l’intérieur du château pour aller me promener sur ses terrasses, dont la Marquise de Sévigné vantait les vues panoramiques. A raison ! On y admire un paysage qui s’étend à perte de vue – par temps clair, on peut apercevoir le Mont-Ventoux ou les Dentelles de Montmirail ! A mes pieds, je remarque une autre terrasse au sol carrelé, et plus loin, des vignes et des prairies. Et des champs de lavande, évidemment…

A savoir pour ceux qui visiteraient le château en famille, un livret d’activité est proposé aux enfants (d’au moins 5 ans) afin que ceux-ci puisse apprécier la visite sous un angle plus ludique. Il n’est par contre pas possible d’entrer avec une poussette dans le château mais des portes-bébés sont disponibles à l’accueil sur simple demande. De même, on vous demandera certainement de ne pas prendre vos sacs à dos à l’intérieur ou de les porter devant vous afin d’être certain de ne pas abîmer les meubles et autres décorations murales.

Pour les amoureux des lettres

Ce n’est qu’en redescendant dans le village pour y chercher un endroit où casser la croûte que j’ai compris que j’étais venu à Grignan à une période un peu particulière. En ce début de mois de juillet, je tombais en effet en plein festival de la correspondance. Initié par la ville pour célébrer le tricentenaire de la mort de Madame de Sévigné, il est depuis renouvelé tous les ans à la même période, sur un thème différent. J’ai commencé à mieux comprendre mes soucis de parking en arrivant…

De nombreuses manifestations sont organisées un peu partout dans Grignan à l’occasion de ce festival de l’art épistolaire : du café littéraire à la lecture publique en passant par différents ateliers autour du livre ou pièces de théâtre… J’ai pu sans mal me greffer à l’une ou l’autre au gré de mes déambulations dans Grignan, une belle surprise. Des étals de bouquinistes se retrouvent aussi un peu partout dans la ville pour ceux qui chercheraient leur prochaine lecture d’été…

Mais ce que j’ai adoré par dessus tout, ce sont les chambres d’écriture. On vous en parlait dans le dernier épisode de Partir Un Jour, ces chambres se matérialisent sous la forme de feuilles de papier et d’enveloppes laissées un peu partout sur les tables du village et de ses commerces. Ainsi, vous pouvez tout à fait aller déguster une glace et vous servir d’une plume et d’un encrier pour écrire votre plus belle prose. Il ne vous reste plus qu’à glisser la lettre dans une enveloppe et à la laisser sur la table. Des bénévoles s’occupent ensuite de venir récupérer le courrier et la ville de Grignan se charge de l’envoyer à ses frais. J’ai adoré ce concept !

Si malheureusement, vous visitez Grignan à une autre période que le début du mois de juillet, tout n’est pas perdu. Grignan est une ville qui aime les mots et, hors du festival, on peut retrouver un peu de cet amour à la Maison de l’Imprimeur. Véritable musée de l’imprimerie installé au coeur de l’Imprimerie Colophon (qui est donc toujours en activité), cette maison est l’occasion d’un autre voyage dans le temps, pour retourner à l’époque où chaque caractère devait être soigneusement choisi avant une impression.

On y retrouve de nombreux modèles de presses, pas mal de documents d’archives, des machines à écrire en prison (pour avoir tapé des textes…) et le tout se termine par une visite des ateliers actuels. Une chouette visite qui manque juste peut-être un peu d’interactivité – quand je vois ce type de machine, j’ai envie de pouvoir les manipuler – mais si vous êtes un minimum sensible à la typographie, vous devriez y trouver votre bonheur.

Après avoir passé le reste de ma journée à l’ombre des mots, j’ai finalement quitté Grignan pour poursuivre ma route. J’ai vraiment apprécié ma journée passée sur place, que ce soit dans le château ou dans la maison de l’imprimeur, mais aussi dans les rues dans lesquelles il fait bon se promener.

Quant à vous, cher lecteur, chère lectrice, j’espère que ces quelques mots vous auront trouvé en bonne santé et que nous nous reverrons bientôt. Amitiés.

P.S. : Je tiens à remercier l’Office de Tourisme de la Drôme pour ses précieux conseils, ainsi que le Château de Grignan pour son invitation. Les opinions exprimées ici restent les miennes.

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