Le Vienne de Sissi, Impératrice d’Autriche

Lorsque j’ai choisi Vienne comme ma prochaine destination, je savais dès le départ qu’Élisabeth de Wittelsbach, plus connue sous son surnom de Sissi, viendrait s’inviter à plusieurs reprises dans mon programme. Le mythe qui entoure l’Impératrice d’Autriche attire sans aucun doute une grande part des touristes qui font le déplacement jusqu’à Vienne, et il était logique d’aller s’y frotter en visitant, par exemple, l’une ou l’autre de ses résidences. Naïf que je suis, je n’avais pas imaginé à quel point elle allait finalement être omniprésente durant mon séjour.



S’il est heureusement encore possible de visiter Vienne en occultant complètement Sissi, ce serait sans doute passer à côté de ce qui fait une partie du charme de la capitale autrichienne. Mais faites bien attention… Lorsqu’on mets le doigt dans l’engrenage, il est très facile de se faire aspirer tout entier ! Je parle d’expérience : je n’avais à l’origine prévu d’explorer que les châteaux et palais dans lesquelles Sissi avait vécu et je me suis finalement retrouvé à faire un véritable pèlerinage. C’est bien simple, si Sissi avait été chez le dentiste à Vienne, j’en aurais probablement visité le cabinet.

Pourtant, de Sissi, je ne connaissais de base que les films mettant en scène Romy Schneider. Mais il y avait quelque chose d’un peu envoûtant à découvrir morceau par morceau de nouveaux pans de la vie de ce personnage historique, de sa personnalité et de la société dans laquelle elle évoluait. Alors, allez-vous vous aussi vous laisser prendre au jeu ?

Les bonbons préférés de Sissi

Au Château de Schönbrunn

Première étape du pèlerinage, le Château de Schönbrunn est un lieu bien connu des Sissinophiles (je suppose que le terme existe) puisque c’est là que s’installe Sissi à son arrivée à Vienne dans les films – oui, je me suis largement basé sur cette production audiovisuelle pour déterminer où je mettais les pieds. Il s’agit en fait de la résidence d’été impériale, dans laquelle l’Empereur et sa famille venait donc passer la moitié de l’année. Située à l’écart de la ville, on s’y rend grâce au métro, pour descendre à la station Schönbrunn (pas de piège à ce niveau-là) et marcher cinq minutes avant d’arriver dans sa cour. On se retrouve alors face à cet énorme pavé jaunâtre à la large façade parfaitement uniforme. Vous l’aurez compris, je ne suis pas vraiment tombé sous le charme de l’architecture du château, mais l’intérieur contient heureusement son lot de surprises.

Pour le visiter, il existe différents types de tickets, du billet simple qui donne accès à la visite de base (l’Imperial Tour) au Classic Pass Plus permettant d’explorer en plus certains endroits du parc, les options sont nombreuses… J’ai pour ma part été raisonnable en choisissant le billet Sisi, qui permet d’accéder au Grand Tour (une visite “élargie” du château de Schönbrunn), mais également au palais de Hofburg, la résidence d’hiver de la famille impériale et au Musée du Meuble de Vienne. Même si vous ne comptez visiter que Schönbrunn et Hofburg, c’est le billet le plus avantageux.

Le Château de Schönbrunn surprend par certaines de ses salles, tout bonnement magnifiques. Il est malheureusement interdit de prendre des photos à l’intérieur, mais les pièces sont parfaitement conservées et replongent dans le quotidien de la famille impériale, que ce soit avant Sissi ou après, en passant par l’époque de Marie-Antoinette qui y fit également ses premiers pas. Les touristes sont nombreux à se presser dans les différentes salles, tant et si bien que la circulation d’une pièce à l’autre du château est parfois un peu compliquée. Dès l’entrée, on remarque par exemple les nombreux touristes asiatiques, y compris des groupes scolaires. Pas de doute, Schönbrunn est sur la carte des visites à faire quand on visite l’Europe, au même titre que Versailles…

J’étais pour ma part bien content que mon billet Sisi comprenne le Grand Tour, qui donne accès à une vingtaine des salles supplémentaires du château, dont certaines parmi les plus impressionnantes, comme ce salon bleu aux murs sculptés à la manière d’une porcelaine chinoise. N’ayant pas de photos à vous en montrer, il vous faudra me croire sur parole quand je vous dis qu’il serait dommage de passer à côté. Comptez une heure et demie pour voir la totalité des salles, le temps d’écouter l’audioguide fourni.

De retour à l’extérieur, je suis passé à l’arrière du Château pour faire un tour dans son parc. Un parc qui est sans doute bien plus beau en été qu’au mois de février… Mais même en n’ayant ni les fleurs, ni la neige pour l’embellir, j’ai trouvé très agréable de déambuler dans ses allées, dans lesquelles de nombreux viennois·es viennent faire leur jogging ou simplement se dégourdir les jambes avec leurs enfants. L’accès est en effet totalement gratuit pour s’y promener et j’en ai profité pour monter sur la colline qui domine le château et sur laquelle est perchée La Gloriette, bâtiment dans lequel on trouve un café. De là, on surplombe le domaine ; parfait pour avoir une belle vue sur l’ensemble.

Toujours dans le parc, on trouve un jardin zoologique, une Palmeraie de style victorien, le Musée des Carrosses Impériaux… J’ai été déçu qu’aucun ne soit compris dans le Billet Sisi. Si je n’avais pas spécialement envie d’entrer dans le zoo, j’aurais bien jeté un oeil à la serre victorienne ou au carrosse dans lequel Sissi avait voyagé. Mais comme souvent à Vienne, plutôt que d’avoir un ticket qui rassemble toutes les attractions, il faut à chaque fois repasser à la caisse, ce qui est un peu pénible. Un problème dont les Autrichiens semblent être conscients, puisqu’ils ont ajoutés récemment le Classic Pass Plus… qui permet d’en voir un peu plus, mais toujours pas d’avoir accès à l’ensemble.

Bref, je me suis pour ma part contenté d’une visite des 40 salles du château, d’une promenade dans le parc et d’un chocolat viennois au café du château. Je vous laisse décider si vous voulez ajouter un ticket d’entrée pour faire profiter votre progéniture du Musée des Enfants ou pour découvrir le Musée des Carrosses Impériaux (j’avoue, j’ai un petit regret de ne pas avoir fait ce dernier).

Le palais de Hofburg

La Hofburg, ou l’autre résidence de la famille Impériale. La différence entre les deux ? Alors que Schönbrunn est un énorme pavé situé à l’écart du centre-ville, Hofburg est une enclave au beau milieu du centre historique de Vienne. On oublie le joli parc à la française de Schönbrunn. Le palais de Hofburg rassemble un ensemble de bâtiments et de musées de styles variés, et on y retrouve aujourd’hui tant les bureaux du président de la République que l’école d’équitation espagnole ou la bibliothèque nationale d’Autriche. Mais ils abritent aussi le Musée Sissi, les appartements royaux et le musée de l’argenterie.

On peut accéder à l’intérieur du palais d’Hofburg par plusieurs accès, qu’on vienne du Volksgarten ou de l’Heldenplatz, sur laquelle attendent de nombreuses calèches à louer. Dans tous les cas, on trouve rapidement l’entrée, puisque Hofburg fait lui aussi le plein. Les touristes sont nombreux à vouloir visiter le musée Sissi, au point qu’il faut de temps en temps avancer en file indienne et attendre son tour. D’ailleurs, avant de visiter le Musée Sissi, il faut impérativement traverser le musée de l’argenterie. Je n’ai en tout cas pas trouvé moyen de faire autrement…

J’avoue, j’ai été tenté de franchir cette collection d’argenterie au pas de course. Les porcelaines, le linge de table, les services à dessert… Je voyais mal l’intérêt que je pouvais y trouver. Et pourtant ! On visite la collection avec un audioguide qui permet de ne s’arrêter que sur les pièces les plus importantes (et heureusement, parce qu’il y en a des tonnes !) et si on le complète en lisant les descriptions accompagnant l’un ou l’autre objets, on apprend des anecdotes particulièrement intéressantes. Par exemple, saviez-vous que les serviettes ne sont pliées que d’une certaine manière à la cour de Vienne et qu’il n’y a que deux personnes au monde à connaître les secrets de ce pliage ?

Hofburg

J’ai passé beaucoup plus de temps que prévu dans cette collection d’argenterie mais je ne l’ai pas du tout regretté. Je suis arrivé au Musée Sissi en ayant déjà vu et appris beaucoup de choses et j’étais donc un peu moins impatient que si j’avais commencé ma visite par là. Mais bien vite, l’intérêt remonte en flèche : la promesse du Musée Sissi, c’est d’aller au-delà du mythe pour vous faire découvrir la véritable personnalité de l’Impératrice. Oubliez les films avec Romy Schneider et sa vie romancée, la vérité se trouve ici !

On y retrouve de nombreux objets ayant appartenu à Sissi, de ses affaires de toilettes à ses robes, en passant par sa robe de baptême ou l’une de ses dents de lait. A ce niveau de culte de la personnalité, on n’est pas loin du Mémorial Che Guevara à Cuba ! Il y a même son acte de décès ! En termes d’information, si on en apprend plus sur sa personnalité, ses relations avec le reste de la famille royale, ses diètes spéciales ou ses dépressions, il faut avouer qu’il n’y a rien de transcendant. Le musée n’a pas réussi à totalement effacer Romy Schneider de mon esprit mais aura jeté un peu de lumière sur une personne certainement plus nuancée que ce que le cinéma en avait montré. J’ajouterai un bon point pour la scénographie, que j’ai trouvé assez réussie.

Hofburg

L’étape suivante, ce sont les appartements royaux. On y traverse les différentes pièces de vie de la famille royale, chaque membre devant disposer de son propre appartement dans les différentes ailes du château. Elles sont toutes meublées avec leur mobilier d’origine, mais j’ai tout de même trouvé cette partie un peu redondante avec la visite du château de Schönbrunn. Ce qui diffère peut-être, c’est qu’ici, la visite est davantage centrée sur le couple impérial que formait Sissi et l’Empereur François-Joseph. Manque de chance, la salle contenant les équipements de gymnastiques de Sissi, une curiosité, étant en réfection lors de mon passage… Écouter l’audioguide m’en vanter l’exception n’a fait que remuer le couteau dans la plaie.

Il m’aura fallu une grosse demi-journée pour en finir avec le Palais de Hofburg. La visite m’a laissé sur les rotules, mais c’est sans doute là que j’en aurais le plus appris sur Sissi et sur sa vie, depuis sa naissance à sa mort, en passant par son quotidien. Un must, donc, si vous êtes fasciné par l’Impératrice. Notez d’ailleurs que, si vous aimez autant les chevaux que l’Impératrice (je me fie ici à la version avec Romy Schneider plus qu’à la réalité historique), peut-être apprécierez-vous d’assister à l’entrainement matinal de l’école d’équitation espagnole. A réserver aux inconditionnels, vu le prix.

Pour en terminer avec le Sisi Ticket, j’ai déjà mentionné qu’il donnait aussi accès au Musée du Mobilier Impérial, dans lequel est notamment exposé une partie des meubles qui ont servi au décors des films avec Romy Schneider. Par manque de temps, j’ai préféré faire l’impasse sur ce dernier musée.

Crypte des capucins

Je n’ai par contre pas manqué l’entrée de l’église des capucins, ou plutôt de sa crypte. Celle-ci renferme en effet depuis 1633 les sépultures de la maison des Habsbourg. C’est donc bien là la dernière demeure de Sissi. Faut-il pour autant la visiter ?

Ce n’est pas un secret, j’ai toujours trouvé que les cimetières faisaient de très bons lieux de promenades. Du Père Lachaise à Paris au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal, j’en ai déjà quelques-uns à mon actif. Par contre, une crypte, c’est moins dans mes habitudes. On n’y va clairement pas pour respirer le grand air et profiter du soleil… C’est donc avec un peu d’appréhension que je descendais dans les tréfonds du sanctuaire de la famille impériale.

Si une visite guidée en anglais est a priori comprise dans le prix d’entrée certains jours de la semaine, je suis manifestement mal tombé en me pointant en début de soirée. Je n’ai eu droit qu’à un plan m’indiquant le nom des salles et à moi d’identifier les noms que je pouvais y trouver. Et des noms, il y en a ! La crypte fut agrandie huit fois au cours des siècles, c’est dire la quantité de cercueils qu’on y retrouve : cent quarante-neuf personnes, dont douze empereurs et dix-neuf impératrices !

Mais si le nombre est impressionnant, le reste de la visite l’est moins, sauf si vous êtes un fan de l’art funéraire. On peut admirer les ornementations que constituent les têtes de mort ou les anges, mais sans guide, on peut difficilement aller plus loin. Avoir des explications sur les monuments les plus impressionnants doit apporter beaucoup. Prenez cette tombe aux accents mexicains : si je n’étais pas aller voir sur Wikipédia, je n’aurais jamais su qui était Maximilien 1er, frère de François-Joseph. Pourtant, son histoire n’est pas banal : il fut parachuté Empereur du Mexique avant de mourir, 3 ans plus tard.

Bref, la visite n’est pas inintéressante mais je ne la conseillerais que si on peut s’arranger pour arriver à l’heure de la visite guidée. Et, bien sûr, les amateurs de Sissi pourront admirer son tombeau, plutôt sobre. J’ai été surpris que celui de François-Joseph et celui de Sissi ne soient pas sur un pied d’égalité mais j’avais encore sans doute une image trop romantique de leur couple. Ce qui m’a également étonné, c’est de voir en fin de visite des sépultures bien plus récentes… J’ignorais que des membres de la famille impériale autrichienne étaient encore en vie aujourd’hui.

Le Volksgarten

Si vous n’avez pas encore fait un tour dans le Volksgarten (littéralement les jardins du peuple) à l’occasion de votre visite au Palais de Hofburg, c’est le moment d’y retourner pour terminer votre pèlerinage. Si le Volksgarten jouxte la Hofburg, il n’était pas à ma connaissance le lieu de promenade favori de l’Impératrice, mais peut-être que cette information n’a tout simplement pas été documentée. Toujours est-il qu’il s’agit d’un jardin public dans lequel on peut admirer une des rares statues de Sissi.

Il faut savoir que Sissi n’appréciait pas spécialement de rester en place pour que son portrait soit peint. Par ailleurs, il s’agissait d’une figure plutôt controversée à son époque, préférant voyager que rester à la cour d’Autriche pour jouer un rôle qu’elle n’appréciait pas. Dès lors, peu de statues d’elle ont été réalisées de son vivant, puisque le souhait était de ne pas trop la mettre en avant. Ce ne fut qu’après sa mort que Sissi gagna progressivement en popularité.

Je n’ai donc vu aucune statue de Sissi mis à part dans le musée qui lui est dédié et dans le Volksgarten. Étonnant, alors qu’elle est mis à l’honneur à peu près partout et sous toutes les formes dans la ville ! J’ai mis longtemps à la trouver, alors qu’elle est juste dans un coin du Volksgarten. Notez qu’elle fut installé là une dizaine d’années après la mort de l’Impératrice et fut inauguré en présence de François-Joseph.

On retrouve le portrait de l’Empereur et de l’Impératrice au Café Central

Vous êtes encore en manque de Sissi après ces quelques visites ? Aucun problème, outre le Musée du Meuble que je n’ai pas détaillé, vous pouvez aussi visiter l’église des Augustins, qui se trouve à proximité de la Hofburg et dans lequel fut célébré le mariage de l’Impératrice. Je suis pour ma part arrivé à saturation et j’ai préféré ensuite varier de thématique en allant déambuler au Prater, champ de foire qui fut par le passé un terrain de chasse pour… la famille impériale. Comme quoi, on en sort jamais vraiment !

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