Visiter Berlin à travers ses décors de films

Le Jeu de la Dame

Je ne suis pas un féru de cinéma allemand. Voilà, c’est dit. Je pourrais vous dire beaucoup de bien de Fritz Lang, de Murnau ou de Robert Wiene, mais sorti des films en noir et blanc, je suis loin d’être ce qu’on pourrait appeler un connaisseur. Et pourtant, je ne pouvais pas me rendre à Berlin sans avoir en tête quelques images de la ville. Des images assez précises, croisées dans une poignée de films marquants, et dont j’ai eu le plaisir de reconnaître quelques-uns des décors une fois sur place.

Si vous aussi, vous avez envie de casser le quatrième mur et de mêler la réalité à la fiction, je vous conseille cinq endroits à Berlin et les films dans lesquels on peut les retrouver.

Le musée de la Stasi

Installé dans les locaux de l’ancien ministère de la Sécurité d’État, le musée de la Stasi occupe donc les bureaux de l’ancienne police politique de la République démocratique allemande. Ce qui fait la particularité du musée, c’est bien sûr qu’une grande partie des lieux a été conservée tel quel. On déambule avec curiosité dans les bureaux de ceux qui étaient responsables de l’espionnage, du contre-espionnage et du renseignement de manière générale à l’époque de la guerre froide.

S’il y a un film qui illustre avec brio cet univers, c’est bien La vie des autres (Das Leben der Anderen). On y suit Gerd Wiesler, capitaine de la Stasi, qui reçoit la mission de surveiller un dramaturge et sa compagne. Les scènes du film ont été entièrement tournées à Berlin, et l’un des lieux les plus marquants est bien entendu ce quartier général de la Stasi.

À ma grande déception, on n’y retrouve malheureusement pas les fameuses salles d’écoute. Les locaux qui ont été conservés sont d’abord les bureaux des hauts dirigeants, et le reste du musée présente plutôt les méthodes employées par la Stasi. Entre la carotte et le bâton, on y apprend comment la Stasi surveillait la population par l’ouverture du courrier, l’écoute des communications téléphoniques ou à domicile, etc. Pour ce faire, ils utilisaient des micros, des caméras et des appareils-photo dissimulés, de véritables curiosités qui constituent pour moi une grande partie de l’attrait du musée.

Si je reproche au musée une muséographie un peu vieillotte (et un prix un peu élevé, auquel il faut ajouter un supplément pour avoir le droit de prendre des photos), j’ai trouvé la visite particulièrement intéressante. Attention, je précise quand même que ce n’est pas adapté à tous les publics, et les plus jeunes pourraient facilement s’y ennuyer.

La Colonne de la Victoire

Au beau milieu du Tiergarten, cet immense parc situé au centre de Berlin, se dresse la Colonne de la Victoire (ou Siegessäule). Ce monument, qui célèbre la victoire de la Prusse dans la guerre germano-danoise de 1864, a la particularité de se visiter : on peut monter 285 marches pour arriver à 50 mètres de hauteur, pour moins de cinq euros par personne. La vue panoramique qu’offre la plateforme vaut a priori le détour, mais je n’ai pas pu en profiter, ma poussette refusant de se prêter à l’exercice.

S’il est un peu dommage qu’elle soit placée au milieu d’un rond-point, il y a au moins l’intérêt de trouver comment y accéder et dénicher l’un des passages souterrains qui y mène. C’est d’ailleurs étrange qu’aucun film ne les ait pris comme décor, tant ils sont typiques de Berlin.

Au sommet de la colonne, on retrouve Viktoria, déesse romaine de la victoire, une sculpture en bronze aujourd’hui réinterprétée en Ange de la paix de Berlin. C’est peut-être ce qui explique son lien avec d’autres anges, cinématographiques ceux-là. C’est dans Les ailes du désir (Der Himmel über Berlin), chef-d’œuvre de Wim Wenders de 1987, que deux anges, Cassiel et Damiel, descendent du ciel et côtoient les humains sans être vus. Et c’est du haut de la Colonne de la Victoire que Cassiel observe la ville.

Les Ailes du Désir

D’autres lieux de la ville apparaissent dans le film, comme l’Église du Souvenir, édifice dont le clocher a été bombardé durant la Seconde Guerre Mondiale et qui a été conservé dans l’état, ou même la Potsdamer Platz.

Mais si vous êtes venus jusque-là, profitez peut-être un peu du calme et de la nature dans la Tiergarten avant de retourner dans les rues animées de Berlin. En tout cas, moi, j’ai apprécié la balade et le changement de décor.

Alexanderplatz

L’Alex, comme la surnomment les Berlinois, est l’une des principales places de Berlin. Ce n’est donc pas étonnant que des films l’utilisent le temps d’une scène ou deux, comme La Mort dans la peau (The Bourne Supremacy), deuxième volet de la saga Bourne.

C’est sur l’Alexanderplatz que Jason Bourne rencontre l’agent Nicky Parsons, près de l’Horloge des Nations (ou Weltzeituhr), avant de disparaître dans la foule d’une manifestation. Inaugurée en 1969, cette horloge, qui indique l’heure dans plus de 140 villes du monde, est devenue un lieu de rencontre et un repère pour les nombreux passants qui traversent chaque jour l’Alexanderplatz. Sept ans seulement avant le tournage de « La Mort dans la peau », l’horloge a été rénovée et de nouvelles villes ont été ajoutées, tandis que d’autres ont été renommées. Mais quand j’y suis passé, j’ai eu l’impression qu’elle avait arrêté de fonctionner.

Depuis la place, on peut apercevoir la Fernsehturm, cette immense tour de télévision qui n’est rien de moins que l’édifice le plus haut d’Allemagne et le quatrième plus haut d’Europe, avec ses 368 mètres de haut. Tout un symbole, ce qui explique qu’elle figure souvent au début des films se déroulant à Berlin, ceci afin de bien identifier la ville. Il vous coûtera plus de 25 euros pour aller au sommet de la Fernsehturm.

Si c’est moins la vue sur la ville que la vue sur la tour (et la ville) qui vous intéresse, préférez monter au sommet de l’hôtel Park Inn, situé juste en face. S’il n’est pas aussi haut (seulement 120 mètres !), le ticket d’entrée est aussi bien moins cher (6 euros).

Le Gendarmenmarkt

Cette place (littéralement la « Place du Marché des Gendarmes »), en plein centre de Berlin, est remarquable à plus d’un titre. D’abord, elle est bordée de deux cathédrales réformées (l’une française et l’autre allemande), deux églises baroques identiques qu’il est possible de visiter. Pour 8 euros, il est même possible de grimper au sommet de la Französischer Dom et de faire le tour de son dôme pour avoir une vue à 360° sur les alentours.

Au centre de la place, un autre bâtiment impressionnant achève d’encadrer la place, le Konzerthaus. Cette salle de concert de type néoclassique a été construite en 1821 pour servir de théâtre, avant d’être gravement endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale (comme les bâtiments voisins), pour ensuite être restaurée dans les années 1980. Aujourd’hui, elle abrite le Konzerthausorchester, l’un des principaux orchestres de Berlin.

Peut-être aurez-vous reconnu sa façade à colonnes dans V pour Vendetta (V for Vendetta), réalisé par James McTeigue et adapté par les Wachowski d’après la BD d’Alan Moore. C’est là que prend place le rassemblement néofasciste du « Parti Norsefire », auquel s’adresse le chancelier Sutler, sous des bannières rouges et noires.

Mais ce qui m’a tout de suite sauté aux yeux à mon arrivée sur la Gendarmenmarkt, c’est son pavage à carreaux carrés, un pavage difficile à oublier quand on a vu Cours, Lola, Cours (Lola rennt). Au milieu des différents lieux que Lola traverse dans sa course effrénée pour rejoindre son copain Manni, et le sauver du mauvais pas dans lequel il s’est fourré, il y a cette place et ses carreaux aux motifs géométriques si cinématographiques.

De nombreux autres endroits plus ou moins obscurs apparaissent dans Cours, Lola, Cours, et je ne peux pas m’empêcher de mentionner le Oberbaumbrücke, ce pont qui traverse la Sprée. Dans une ville qui compte plus de 900 ponts, l’Oberbaumbrücke a la particularité d’avoir survécu à la Seconde Guerre mondiale. Il reste l’un des monuments les plus remarquables de Berlin et c’est sans surprise que Lola le traverse à plusieurs reprises, toujours en courant, évidemment.

La Karl-Marx-Allee

Malgré son nom, la Karl-Marx-Allee est moins une petite allée qu’un immense boulevard, et rien de moins que la plus grande artère du pays. Située dans l’après-guerre dans la partie soviétique de la ville, elle est devenue un véritable symbole du Berlin Est, avec son architecture très particulière.

J’aurais pu parler de Good Bye, Lenin (un film de Wolfgang Becker) quand j’ai abordé l’Alexanderplatz, puisqu’une des scènes du film s’y déroule. Mais j’ai préféré garder le film pour évoquer cette Karl-Marx-Allee, une de ses scènes emblématiques y prenant place.

Pour rappel, le protagoniste, interprété par Daniel Brühl, vit au cœur des événements du 9 novembre 1989, lorsque le mur séparant la ville tombe finalement. Cependant, un problème de taille se présente lorsqu’il apprend que sa mère, fervente partisane de la RDA, a fait un malaise et est tombée dans le coma. À son réveil, l’Allemagne de l’Est n’existe plus, mais les médecins conseillent à la famille de ne pas lui infliger de chocs brutaux qui pourraient lui être fatals.

Good bye, Lenin!

Alors que le personnage de Daniel Brühl passe l’intégralité du film à lui faire croire que rien n’a changé, sa mère réussit finalement à sortir seule dans la rue pour y découvrir un hélicoptère emportant une statue de Lénine. Elle découvre ainsi que tout a changé, là, au milieu de la Karl-Marx-Allee.

De mon côté, si je suis passé par là, c’était surtout pour aller voir le Computerspielemuseum, le musée du jeu vidéo de Berlin. Un lieu assez incroyable, dans lequel il est possible de redécouvrir l’histoire du jeu vidéo, des années 80 à aujourd’hui, manette en main. Entre bornes d’arcade et rétrogaming, le musée illustre les évolution du médium, tant sur le fond que sur la forme, en laissant une belle place à l’aspect ludique. Une visite qui a plu à toute la famille, peu importe l’âge.

Il y a de nombreux autres films qui utilisent Berlin comme décor, en particulier des œuvres qui se déroulent durant la Seconde Guerre Mondiale (avec le fameux Checkpoint Charlie), avec la Guerre Froide en toile de fonds (qu’on retrouve à travers la cicatrice qui marque la ville) ou de nos jours. Mais pas seulement.

Par exemple, en ressortant du musée du jeu vidéo, je me suis brusquement retrouvé transporté à Moscou. Alors que je passais le Rosengarten, ce jardin bordant la Karl-Marx-Allee, j’ai reconnu un lieu de tournage de la mini-série Le jeu de la Dame (The Queen’s Gambit, Netflix). À la toute fin, son héroïne, incarnée par Anya Taylor-Joy, se met à jouer aux échecs avec des vieux Russes, au milieu du jardin public. Comme quoi, Berlin peut aussi emmener bien plus loin…

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