Comment rater sa visite de Kamakura

J’aurais beaucoup de mal à dire quelle a été ma plus belle journée au Japon. J’ai sans cesse été surpris par les différents aspects de ce pays, en y découvrant chaque jour quelque chose de nouveau et de passionnant. Je sais par contre dire sans aucun problème quelle fut ma pire journée au Japon : celle que j’ai passé à Kamakura.

Ancienne capitale du Japon, Kamakura est une petite station balnéaire à moins d’une heure de train de Tokyo, ce qui en fait en théorie une bonne excursion d’une journée. C’est la raison pour laquelle, lorsque j’ai commencé à établir l’itinéraire de mon voyage au Japon, la ville s’est retrouvée sur ma liste. Puis je l’ai retiré, car j’avais peur de manquer de temps et qu’elle semblait moins attirante que les autres destinations, avant de la remettre au programme quand je me suis aperçu que j’avais finalement encore une journée de libre.

Ce jeu de ping-pong initial était peut-être déjà révélateur de ma relation conflictuelle avec Kamakura. Je n’ai pas approfondi le sujet avant de monter à bord du train pour m’y rendre et en y redécouvrant la description de la ville dans mon guide de voyage. C’est vraiment à cet instant que s’est décidé le programme de ma journée : descendre à la gare de Kamakura, aller visiter les temples Hase-Dera et Kōtoku-in, remonter ensuite la Daibutsu Hiking Trail, une piste de randonnée traversant notamment le Genjiyama Park, pour arriver à proximité des temples Engaku-ji et Kenchō-ji et repartir vers Tokyo via la gare de Kita-Kamakura. Un programme chargé pour une journée bien remplie !

Le temple Hase-Dera

A ma descente du train, j’ai eu la chance de tomber sur une employée du bureau de renseignements de la gare qui, me voyant observer mon plan, a décidé de m’accorder un peu de son temps pour m’orienter vers le temple Hase-Dera (note au voyageur : les Japonais sont vraiment très serviables, ce n’est pas un mythe). Vingt minutes de marche plus tard, j’arrivais à proximité. Mais avant de rentrer dans son enceinte, j’ai décidé de faire un petit détour par la plage toute proche. J’avais lu en effet qu’il était possible d’apercevoir le Mont Fuji depuis le front de mer…

Manque de chance, je n’étais pas du bon côté de la baie pour apercevoir la montagne sacrée. J’ai tout de même pu observer des Japonais s’adonnant à la planche à voile au milieu des vagues, chose à laquelle je ne m’attendais pas vu les températures encore un peu fraîche de ce mois de mars. Après avoir contemplé leurs exploits quelques minutes, j’ai rebroussé chemin pour retourner au temple Hase-Dera.

La légende raconte qu’en 721, un moine découvrit un arbre si grand qu’il réussit à tailler deux statues de Kannon dans son tronc. L’une fut intégrée au temple Hasa Dera, dans la préfecture de Nara, et l’autre fut jetée à la mer en priant pour que la statue revienne un jour sauver le peuple. Quinze ans plus tard, on la retrouve sur la plage de Kamakura et on construit aussitôt le temple actuel autour d’elle. J’ai donc commencé ma visite en allant découvrir cette statue de bois de 9 mètres de haut.

Kamakura

Malheureusement, comme à bien des endroits où le respect est de mise, il est interdit de prendre la statue en photo. C’est peut-être mieux ainsi. A mes yeux, la statue n’était ni particulièrement belle ou impressionnante, mais son histoire suffisait à la rendre intéressante.

Le temple Hase-Dera est construit à flanc de colline et on le parcourt en prenant peu à peu de la hauteur. On découvre ainsi des centaines de statues de Jizo parfaitement alignées, des moulins à prières ou des tablettes votives en forme de coquilles d’huîtres. Plus on monte, plus on se retrouve entouré des fleurs et des plantes qui constituent le jardin du sanctuaire. Surtout, on accède à un superbe panorama sur la ville et sur la mer.

C’est en redescendant que j’ai aperçu l’entrée d’une grotte qui m’avait échappé à mon arrivée. Il s’agit de la grotte Benten-kutsu. Selon la légende toujours, Kobo Daishi, fondateur de l’école bouddhiste Shingon, se retira dans cette grotte et y sculpta dans la roche une statue de Benzaiten, seule déesse parmi les 7 divinités de « Bonne fortune du Japon », associée à la mer, à la musique et aux beaux-arts. On y trouve aussi seize autres statues représentants ses enfants. Il règne dans cette grotte, dans laquelle on avance presque dans la pénombre, à demi-vouté, une atmosphère mystique extraordinaire.

Un temple magnifique et un bon début de journée à Kamakura.

Le Kōtoku-in et son Daibutsu

Après une pause déjeuner ou j’ai fait la connaissance du curry japonais, j’ai pris la direction du Kōtoku-in. Je ne savais rien du temple en lui-même à part qu’il abritait le Daibutsu de Kamakura. Daibutsu signifie littéralement « Grand Bouddha » et c’est ce qui m’avait vraiment décidé à venir à Kamakura. Cette statue de bronze mesure plus de onze mètres de haut et pèse plus de 800 tonnes, ce qui en fait le deuxième plus haut bouddha assis du Japon et le premier en extérieur.

A l’origine, le Daibutsu était abrité par un pavillon gigantesque, qui fut plusieurs fois détruit par des catastrophes naturelles, en particulier par un tsunami en 1945. Les Japonais ont donc décidé de le laisser en extérieur.

Sa particularité, c’est aussi qu’on peut entrer à l’intérieur pour un prix modique et ainsi se rendre compte de la manière dont la statue est assemblée, le plus impressionnant étant évidemment la tête et la manière dont elle est forgée. Après cette incursion à l’intérieur de Bouddha, j’ai quitté le temple Kōtoku-in qui n’avait pas vraiment autre chose à offrir.

Il était temps de me diriger vers l’étape suivante de mon programme et d’emprunter la fameuse Daibutsu Hiking Trail, ce sentier boisé de trois kilomètres permettant d’accéder à plusieurs petits temples paisibles ou d’autres sanctuaires un peu cachés du public. C’est à ce moment-là que tout a mal tourné.

La faute au typhon

En arrivant au pied des escaliers marquant le début du sentier de randonnée Daibutsu, j’ai trouvé une chaîne interdisant le passage. Un mot accroché au panneau décrivant la randonnée indiquait que suite aux dégâts causés par le dernier typhon, le chemin était fermé jusqu’à nouvel ordre. Le mot était en Japonais, donc il a d’abord fallu le traduire, mais la signification était limpide : la suite du programme était compromise.

Un couple de touristes japonais a eu la même surprise que moi et a fait demi-tour. Malheureusement, je ne pouvais que les imiter. En redescendant en ville, j’étudiais mes options quand je suis tombé sur la publicité d’un salon de thé vantant leur pâtisseries traditionnelles. Sur le coup, je me suis dit que ce serait une bonne solution pour me remonter le moral et aviser. Il m’a fallu vingt minutes pour trouver ce salon de thé, caché au milieu d’une zone résidentielle, et m’apercevoir qu’il annonçait une heure d’attente, victime de son succès.

Là, je commençais à en avoir un peu marre. J’ai donc repris la direction de la gare pour aller directement jusqu’à celle de Kita-Kamakura et poursuivre ma visite de temples. Après une bonne demi-heure de marche, l’attente du train suivant et le temps de trajet, je suis descendu à la gare de Kita-Kamakura un peu après 16h. Le temps de m’orienter pour aller jusqu’au temple d’Engaku-ji, je me suis retrouvé devant un portail clos. Qui n’avait pas vérifié les heures de fermeture des temples ? Je pense que vous avez deviné.

En préparant mieux ma visite en amont, j’aurais sans doute éviter bien des déboires. Est-ce que j’aurais pu prévoir que le chemin de randonnée du Daibutsu serait fermé pour cause de catastrophe naturelle ? Sans doute pas. Mais j’aurais pu prendre plus au sérieux les recommandations d’autres blogs qui suggéraient de commencer la visite de Kamakura par les temples d’Engaku-ji et de Kenchō-ji, avant de redescendre vers la ville en elle-même. Je ne peux que recommander cette approche. Si le chemin de randonnée est ouvert, vous pourrez le faire dans ce sens et au pire des cas, vous aurez eu la possibilité de découvrir deux temples majeurs de la région avant de reprendre le train et de continuer votre visite.




Est-ce que ce fut ma pire journée au Japon ? Tout à fait. C’est malgré tout très relatif : j’ai adoré découvrir le temple de Hase-Dera et je n’ai eu nulle part ailleurs au Japon l’opportunité d’entrer dans une statue gigantesque de Bouddha. A part à Miyajima, c’est aussi le seul endroit où j’ai eu l’opportunité de voir la mer et des surfeurs japonais. J’avoue qu’à la fin de la journée, j’avais un peu le moral dans les chaussettes d’avoir vu la moitié du programme de ma journée partir en fumée. Mais rétrospectivement, ça en valait la peine.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.